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Contrôle de la maladie à virus Ébola – District de Firestone, Liberia, 2014



Le 21 octobre 2014, ce rapport a été posté en tant que publication anticipée du rapport hebdomadaire sur la morbidité et la mortalité (MMWR) sur le site Web MMWR  (http://www.cdc.gov/mmwr).

Erik J. Reaves, DO1, Lyndon G. Mabande, MD2, Douglas A. Thoroughman, PhD3, M. Allison Arwady, MD1, Joel M. Montgomery, PhD4 (Affiliations des auteurs à la fin du texte)

Le 30 mars 2014, le ministère libérien de la Santé et de la Protection sociale a alerté les fonctionnaires de la santé de Firestone Liberia, Inc. (Firestone) sur le premier cas connu de la maladie à virus Ébola (Ébola) au sein de la plantation d’hévéas de Firestone du Liberia. La patiente, qui était la femme d’un employé de Firestone, avait pris soin d’un membre de sa famille dont l’infection par le virus Ébola a été confirmée, dans le comté de Lofa, l’épicentre de l’épidémie d’Ébola au Liberia entre mars et avril 2014. Afin de prévenir une large épidémie parmi les 8 500 employés de Firestone, leur famille et la population avoisinante, l’entreprise a répondu 1) en établissant un système de gestion des incidents, 2) en instituant des procédures pour la reconnaissance et l’isolement précoces des patients atteints d’Ébola, 3) en imposant le respect des directives standard de contrôle de l’infection par le virus Ébola et 4) en fournissant différents niveaux de gestion des contacts en fonction de leur niveau d’exposition, notamment des options pour une mise en quarantaine volontaire à domicile ou dans des établissements dédiés à cet effet. En outre, Firestone a créé des équipes multidisciplinaires pour superviser la réponse à l’épidémie, entreprendre la détection des cas, prendre en charge les cas dans une unité dédiée et réintégrer les patients convalescents au sein de la communauté. L’entreprise a également mis en place une vigoureuse campagne de communication sur les risques, de prévention et de mobilisation sociale pour renforcer la sensibilisation de la communauté vis-à-vis d’Ébola et sur la manière de prévenir la transmission. Entre le 1er août et le 23 septembre, période d’intense propagation du virus Ébola dans les zones géographiques avoisinantes, 71 cas d’Ébola ont été diagnostiqués parmi les quelque 80 000 Libériens à qui Firestone fournit des soins de santé (incidence cumulée = 0,09 %). Parmi ces cas, 57 (80 %) ont été confirmés en laboratoire et 39 (68 %) ont été fatals. Certains éléments de la réponse de Firestone semblent avoir permis de minimiser la propagation du virus Ébola à la population locale et pourraient être mis en œuvre ailleurs pour limiter la propagation du virus Ébola et prévenir la transmission aux membres du personnel soignant.

Firestone Liberia, Inc. est une filiale de Firestone Natural Rubber Company, LLC, une division de Bridgestone Americas, Inc., qui exploite les plantations d’hévéas au Liberia. La plantation d’origine a été établie en 1926 par la Firestone Tire& Rubber Company. L’entreprise récolte le caoutchouc naturel et le bois sur une zone de plantation d’environ 48 562 hectares (485,62 km carrés) dans le district de Firestone du comté Margibi (Figure 1). Les populations du comté de Margibi et du district de Firestone s’élèvent à 238 000 et 69 000 habitants, respectivement (estimations de la population du gouvernement du Liberia en 2014). Les employés et leur famille résident au sein de 121 communautés à l’intérieur de la plantation Firestone. Près de 16 000 étudiants sont inscrits dans 27 écoles gérées par Firestone. Même si Firestone dirige la plantation, la zone est accessible à des résidents ne faisant pas partie de l’entreprise venant des communautés avoisinantes et comporte des routes qui sont empruntées par les populations et pour le commerce.

Firestone gère un hôpital central, deux cliniques et sept postes sanitaires, dans lesquels travaillent 181 membres de personnel soignant au sein de la zone de la plantation. L’hôpital principal dispose d’un service d’urgences, d’une maternité, d’un service de soins intensifs et d’une capacité de 170 lits pour les soins de routine des patients hospitalisés, avec une capacité d’intervention d’urgence supplémentaire de 130 lits pour des patients adultes et pédiatriques. Les postes sanitaires, dans lesquels travaille du personnel non médical chargé de dispenser des soins primaires et qui réside au sein de ces communautés, sont situés au cœur des communautés résidentielles. Firestone gère également une unité médicale mobile qui suit un itinéraire quotidien à travers la zone de la plantation et les communautés avoisinantes. Firestone fait état d’une population couverte par le système de santé d’environ 80 000 personnes incluant des employés, des retraités, leur famille et les résidents des communautés avoisinantes fortement peuplées des comtés de Margibi et Montserrado. Firestone fournit des soins périnataux (représentant 70 % de l’ensemble des accouchements à l’hôpital principal de Firestone), des vaccins de routine, des soins primaires par le biais de l’unité médicale mobile et des soins d’urgence pour les membres des communautés avoisinantes de la zone de la plantation Firestone. Le nombre total de consultations de patients dans les établissements de Firestone s’élève en moyenne à près de 5 500 par mois.

Réponse à l’épidémie

Le 31 mars 2014, suite au rapport du premier cas d’Ébola diagnostiqué dans la plantation Firestone, l’entreprise a établi un système de gestion des incidents afin de coordonner une réponse exhaustive à l’épidémie, en utilisant le cadre de travail organisationnel de l’entreprise au Liberia (Figure 2). Le continuum de la réponse comprenait des services pour l’identification des cas, la gestion des cas et la réintégration des patients convalescents au sein de la communauté. Une vigoureuse campagne de communication sur les risques, de prévention et de mobilisation sociale a également été mise en œuvre en utilisant des messages diffusés à la radio et des réunions avec les communautés.

Firestone a utilisé les définitions nationales des cas d’Ébola créées par le ministère libérien de la Santé et de la Protection sociale pour classifier les cas. Un cas suspecté d’Ébola était défini comme étant une maladie caractérisée soit par des antécédents de fièvre aiguë et au moins trois autres symptômes*, par une fièvre accompagnée de symptômes cliniques aigus ou de signes d’hémorragie, par le décès d’une personne présentant ce type d’antécédents ou tout décès inexpliqué. Un cas probable d’Ébola était défini par une maladie satisfaisant à la définition de cas suspecté ou une fièvre chez une personne qui avait été en contact§ avec une personne qui était un cas probable ou confirmé d’Ébola au cours des 21 jours précédents. Un cas confirmé d’Ébola était défini comme étant un cas suspecté ou probable confirmé par des analyses de laboratoire utilisant un test par transcription inverse suivie d’une réaction de polymérisation en chaîne en temps réel à l’Institut de recherche biomédicale libérien.

Les cas d’Ébola ont été détectés grâce à 1) une surveillance passive renforcée grâce aux rapports fournis par la famille ou les membres de la communauté, 2) une surveillance active lors d’activités menées par la promotion des mesures de santé, le suivi des contacts et les équipes de surveillance déployées au sein des communautés de Firestone et 3) au dépistage clinique durant les soins prodigués pour toute maladie dans les établissements de santé. Les cas et les contacts ont été signalés au ministère libérien de la Santé et de la Protection sociale par l’intermédiaire des fonctionnaires de santé du district de Firestone et du comté de Margibi en utilisant les formulaires nationaux de signalement des cas d’Ébola et de leurs contacts.

Firestone a mis en œuvre des modifications administratives et environnementales pour convertir une clinique de soins de santé en ambulatoire séparée de l’hôpital principal pour satisfaire aux normes de contrôle de l’infection d’une unité de traitement d’Ébola (Ebola Treatment Unit, ETU) suite aux directives développées par Médecins Sans Frontières (Figure 3) (1). L’établissement peut accueillir 23 patients, incluant ceux qui doivent être isolés, en raison de leur statut de cas confirmés, probables ou suspectés d’Ébola (Figure 3). En date du 9 avril, Firestone avait terminé la construction et la certification de son unité de traitement d’Ébola.

Prévention de la transmission aux membres du personnel soignant

Suite au cas initial d’Ébola en mars 2014, aucun cas supplémentaire n’a été identifié dans la zone de la plantation Firestone jusqu’au début du mois d’août, lorsque 17 membres du personnel soignant de Firestone ont fait l’objet d’une exposition à risque élevéen entrant en contact avec deux patients dont les analyses post-mortem ont confirmé qu’ils étaient atteints d’Ébola. Les deux patients atteints d’Ébola avaient initialement consulté pour des soucis de santé autres qu’Ébola et n’ont donc pas fait l’objet d’un diagnostic de la maladie à virus Ébola. L’une s’est présentée avec une urgence obstétrique et est décédée au service des urgences ; le deuxième patient a été admis dans le service médical général pour une toxicité médicamenteuse suspectée suite à un schéma thérapeutique en ambulatoire de 7 jours pour une suspicion de paludisme mais il a été reconnu comme présentant des signes et symptômes d’Ébola dans les 48 heures suivant son admission, puis il est décédé ultérieurement.

Aucun membre du personnel soignant n’a développé Ébola suite à ces expositions à haut risque. Cependant, faisant suite à ces expositions, des mesures supplémentaires de dépistage clinique et de triage ont été mises en œuvre. Firestone a établi un point d’accès unique et protégé par une barrière pour pénétrer dans l’enceinte de l’hôpital, lequel disposait d’une station de dépistage gérée par des membres du personnel soignant formés. Le dépistage comprenait la prise de température à l’aide d’un thermomètre à infrarouges sans contact et par des réponses orales à un questionnaire portant sur les signes et symptômes d’Ébola, indépendamment de tout antécédent de contact avec un patient atteint d’Ébola. Les patients suspectés d’être atteints d’Ébola étaient envoyés vers l’ETU. Entre le 1er août et le 23 septembre, trois patients ont été envoyés à l’ETU pour suspicion d’Ébola suite à ce protocole de dépistage ; un parmi les trois était un cas confirmé d’Ébola.

Un triage supplémentaire a été mené afin de hiérarchiser les patients qui nécessitaient d’être hospitalisés mais n’étaient pas suspectés d’être atteints d’Ébola, selon les signes et symptômes qu’ils présentaient. Les patients qui présentaient des signes ou des symptômes d’Ébola, mais pas ceux satisfaisant à la définition nationale de cas d’Ébola, étaient isolés dans une chambre individuelle dédiée. Le personnel soignant utilisait des précautions standard (éléments combinés de précautions universelles et d’isolement des substances organiques selon les niveaux de soin requis durant l’admission à l’hôpital) (2) et faisait périodiquement l’objet d’un dépistage pour tout signe et symptôme supplémentaire d’Ébola durant l’admission à l’hôpital. Les patients atteints de maladies satisfaisant ultérieurement aux critères de suspicion d’Ébola étaient transférés vers l’ETU. Entre le 1er août et le 23 septembre, 10 patients initialement admis pour des soins à l’hôpital suite à des diagnostics autres qu’Ébola ont été installés dans des chambres individuelles. Parmi les 10 patients, quatre étaient suspectés d’être atteints d’Ébola et ont été transférés vers l’ETU ; trois patients parmi les quatre ont finalement été confirmés comme étant atteints d’Ébola. Après avoir établi ce triage secondaire des patients admis pour des soins standard pour une autre maladie qu’Ébola, aucune exposition à haut risque supplémentaire n’a été identifiée parmi les membres du personnel soignant.

Recherche active de cas

Le 1er avril, le mari et les enfants de la première patiente atteinte d’Ébola à la plantation Firestone se sont volontairement mis en quarantaine dans une chambre d’hôtes située dans l’enceinte de l’hôpital. Dans les 48 heures de la quarantaine, le plus jeune des enfants, âgé de 18 mois, a présenté transitoirement des symptômes évocateurs de la maladie à virus Ébola (fièvre persistante, vomissements et diarrhée) et il a été séparé de ses autres frères et sœurs dans la chambre d’hôtes car, à ce moment-là, il n’y avait aucune ETU disponible au Liberia. Étant donné que le père et les frères et sœurs avaient eu des niveaux d’exposition divers au plus jeune des enfants, les membres du personnel de Firestone leur ont fourni des informations sur la prévention de la transmission d’Ébola et des tenues de protection étanche (à savoir des gants en latex, des masques chirurgicaux avec visière de protection et des blouses) afin que le père puisse prodiguer des soins à l’enfant en attendant d’avoir les résultats des analyses de laboratoire. La famille a été surveillée pendant 21 jours, période durant laquelle aucun membre de la famille, y compris l’enfant, n’a développé Ébola.

Lorsque des cas ultérieurs d’Ébola ont été identifiés en août, les contacts ont été surveillés quotidiennement par deux équipes mobiles, 16 membres au total ; chacune d’elles comprenait un responsable médical, des infirmiers, un prestataire de soins de santé comportementale/mentale (un assistant social ou un chef religieux, par exemple), un conseiller en matière de santé et un membre du personnel de sécurité. Les contacts, y compris les membres du personnel soignant, dont le niveau d’exposition avait été élevé étaient encouragés à accepter de se mettre volontairement en quarantaine pendant 21 jours. Firestone a aménagé trois écoles pour servir de centres de quarantaine afin de permettre à chaque famille placée en quarantaine de résider et de rester dans une salle de classe séparée pendant toute la période d’observation. Le plus souvent, des familles entières étaient classées comme étant des contacts de patients atteints d’Ébola car elles avaient prodigué des soins à un patient atteint d’Ébola dans le foyer. Firestone a fourni des services de base (repas, communications, visites psychosociales et services de prières, etc.) pour les contacts qui se sont volontairement placés en quarantaine. Tous les contacts se sont vu proposer de se mettre volontairement en quarantaine, mais les contacts dont les expositions étaient à faible risque** pouvaient choisir de rester chez eux, en s’abstenant de toute liberté de mouvement au sein de la communauté.

En plus de la surveillance des contacts, des cas d’Ébola ont été identifiés dans la communauté par les trois équipes d’identification des cas et de suivi des contacts, l’équipe de promotion des mesures de santé et de recherche active des cas et l’équipe psychosociale. En comptant le personnel de sécurité, ces équipes étaient formées de 23 membres du personnel au total. Parmi les 121 communautés vivant au sein de zone de la plantation Firestone, 110 superviseurs de la communauté et 360 membres influents de la communauté supplémentaires ont été formés et rémunérés pour servir de chefs communautaires dans l’identification de cas suspectés d’Ébola. Certains membres de la communauté ont signalé spontanément des signes et symptômes d’Ébola, encouragés en partie par les messages radio de la communauté et les réunions de formation, ainsi que grâce à une forte acceptation communautaire de la quarantaine et des établissements de traitement des patients.

Cas d’Ébola dans les établissements de Firestone

Entre le 1er août et le 23 septembre, il y a eu 71 cas d’Ébola (incidence cumulée de 0,09 %) répartis entre 39 familles au sein de la population couverte par le système de soins de Firestone, dont 57 (80 %) étaient des cas confirmés. Cinquante-trois cas d’Ébola ont eu une issue fatale, parmi lesquels 39 étaient des cas confirmés (taux de mortalité parmi les cas confirmés = 68 %). Les proportions de décès survenus par site parmi les 39 cas d’Ébola confirmés étaient les suivantes : 27 (69 % dans l’ETU, six (15 %) dans l’hôpital principal et six (15 %) au sein de la communauté. Les 14 décès restants se sont produits parmi des cas d’Ébola suspectés, dont 11 (79 %) se sont produits au sein de la communauté et trois (21 %) dans l’ETU. Durant cette même période, il y a eu 536 cas d’Ébola dans le comté de Margibi (incidence cumulée = 0,23 %). Parmi les 62 patients isolés dans l’ETU de Firestone, 45 (73 %) ont été confirmés comme étant atteints d’Ébola. Trente-cinq patients admis dans l’ETU sont décédés. Parmi eux, il y avait 27 cas confirmés d’Ébola (taux de mortalité dans l’ETU = 60 %) et trois cas suspectés d’Ébola. Vingt-quatre (39 %) des patients admis dans l’ETU étaient des membres issus des communautés fortement peuplées, voisines de la zone de la plantation Firestone.

Parmi les 233 contacts identifiés surveillés pendant 21 jours, 74 (32 %) ont été classés comme présentant des expositions à haut risque et se sont conformés volontairement à une mise en quarantaine dans trois établissements scolaires. Vingt-et-un (28 %) des contacts mis en quarantaine dont les niveaux d’exposition étaient élevés, ont développé Ébola. Le nombre de jours entre le moment où ces contacts ont été mis en quarantaine et le moment où ils ont été isolés dans l’ETU pour suspicion d’Ébola était en moyenne de 6,3 jours (plage = 1 à 20 jours). Dix-neuf (90 %) des 21 contacts ont été isolés dans l’ETU en tant que patients suspectés d’être atteints d’Ébola dans les 10 jours suivant le début de la quarantaine en tant que contact. Aucun contact de la communauté dont les expositions étaient à faible risque n’a développé Ébola.

Réintégration dans la communauté des survivants du virus Ébola

Depuis la mise en place de la réponse à Ébola de Firestone, 18 personnes ayant survécu au virus Ébola ont pu quitter l’ETU de Firestone. Afin de préparer les communautés au retour des survivants d’Ébola et de minimiser la stigmatisation, Firestone a établi un programme de réintégration des survivants. Le programme consistait à éduquer la communauté, par l’intermédiaire des membres de l’équipe de réintégration qui expliquaient que les survivants étaient déclarés comme n’étant plus infectés par le virus Ébola et n’étaient plus contagieux, et à organiser des célébrations pour le retour des survivants. Les célébrations étaient organisées par la communauté avec l’assistance de l’équipe de réintégration et des membres du ministère libérien de la Santé et de la Protection sociale, du personnel de Firestone et du clergé y participaient. Chaque survivant recevait un certificat médical et avait l’opportunité de faire part de sa propre expérience. Les célébrations étaient diffusées à la radio et enregistrées pour de futurs programmes pédagogiques sur Ébola au sein de la communauté. En outre, Firestone faisait don d’un colis de solidarité aux survivants, contenant des articles de base pour le foyer (tels que des matelas, des articles de literie et des moustiquaires).

Discussion

Actuellement, le Liberia compte le nombre le plus élevé de cas d’Ébola signalés en Afrique de l’Ouest. Le nombre très élevé de cas rend difficile la mise en œuvre des mesures de contrôle de l’épidémie d’Ébola (3). L’expérience de Firestone au Liberia pourrait fournir des stratégies efficaces pour éradiquer la propagation du virus Ébola, en particulier la transmission au personnel soignant. Les éléments importants de la réponse à l’épidémie d’Ébola de Firestone étaient 1) l’établissement rapide d’un système de gestion des incidents, 2) une surveillance active et passive renforcée du virus Ébola, 3) l’isolement immédiat des patients atteints d’Ébola dans une unité dédiée, 4) la gestion des contacts selon la nature de leur exposition et 5) l’autorisation de se mettre volontairement en quarantaine dans des établissements réservés à cet effet pour les contacts asymptomatiques exposés, avec la fourniture d’une formation en matière de santé, d’un équipement de protection individuelle, d’articles d’hygiène et des ressources essentielles pour maintenir une sensation de normalité (repas, communications et services de prières, par exemple).

Il y a plusieurs éléments uniques de la réponse de Firestone qui améliorent les directives de contrôle d’Ébola existantes. Le premier consiste en la mise en place de différents niveaux de gestion des contacts au cours de la période de 21 jours suivant la dernière exposition connue selon le type de risque de l’exposition à Ébola, notamment différentes options pour la mise en quarantaine. Les contacts à haut risque étaient encouragés à se mettre volontairement en quarantaine dans un établissement réservé à cet effet. Cette organisation a facilité l’engagement des éducateurs de santé, des professionnels de santé mentale et des chefs religieux envers les contacts de patients atteints d’Ébola. Il est important de noter que les 21 contacts à Firestone qui avaient développé Ébola avaient tous eu des expositions à haut risque et s’étaient volontairement mis en quarantaine. De plus, 90 % de ces contacts ont été identifiés comme étant des cas suspectés d’Ébola dans les 10 jours suivant le début de leur surveillance en tant que contacts. Le processus de gestion des contacts utilisé par Firestone pourrait être utile dans l’identification de ces contacts ayant le risque le plus élevé de développer Ébola. Cela est particulièrement important car le nombre de cas, et en conséquence le nombre de contacts, augmente au Liberia, ce qui rend la surveillance de tous les contacts durant la totalité de la période d’observation de 21 jours moins réalisable. On ne sait pas dans quelle mesure les contacts de patients atteints d’Ébola issus des communautés avoisinantes ont développé Ébola car Firestone ne les surveillait pas. Néanmoins, la fourniture de ressources et la surveillance des contacts de la part de Firestone, tant au sein de la communauté de la plantation que dans les établissements de mise en quarantaine, ont probablement facilité l’identification rapide de cas d’Ébola au cours de la période d’observation de 21 jours.

Un deuxième élément unique de la réponse est le fait que Firestone a intégré avec succès l’éducation et la distribution d’équipement de protection individuelle et d’équipement d’élimination des déchets aux membres des familles (c’est-à-dire, les contacts) de patients suspectés d’être atteints d’Ébola. Sans ETU en nombre suffisant pour satisfaire la demande de fourniture de soins de soutien, même minimaux, aux patients atteints d’Ébola au Liberia, une précédente stratégie non testée des soins à domicile au Liberia pourrait s’avérer nécessaire. L’expérience de Firestone pourrait à la fois renforcer la reconnaissance rapide des cas d’Ébola et limiter la transmission du virus au sein des membres des familles procurant des soins aux patients atteints d’Ébola dans le foyer.

Le Liberia a établi une réponse décentralisée dirigée par le comté à l’épidémie d’Ébola ; toutefois, suite à l’existence de plusieurs groupes de contamination par Ébola parmi le personnel soignant à travers tout le Liberia, de nombreux hôpitaux centraux dans les comtés du Liberia ont été fermés. Des stratégies pour mettre en œuvre des pratiques efficaces de contrôle de l’infection sont en cours de développement pour garantir la réouverture sécuritaire de ces établissements. Un troisième élément unique de la réponse, c’est-à-dire l’établissement par Firestone de protocoles de dépistage d’Ébola et d’une ETU séparée dédiée, pourrait servir de modèle pour les pratiques de contrôle de l’infection à d’autres établissements de soins des comtés qui fournissent des soins pour Ébola ainsi que pour d’autres maladies. Depuis la mise en place des protocoles de dépistage à l’hôpital de Firestone, aucun membre du personnel soignant n’a eu d’exposition à haut risque à des patients ultérieurement identifiés comme étant atteints d’Ébola dans le cadre hospitalier.

Parmi les résultats importants de la réponse de Firestone, on peut noter le succès avec lequel les membres des communautés ont identifié des cas suspectés d’Ébola, ont accepté de se mettre volontairement en quarantaine dans des établissements réservés à cet effet et ont minimisé la stigmatisation des survivants d’Ébola. L’éducation, la mobilisation sociale et les programmes de réintégration, ainsi que la visibilité des superviseurs et des chefs au sein de la communauté ont probablement contribué à ces succès.

Avant cette épidémie, les comtés du Liberia ne disposaient pas de systèmes de gestion des incidents et de réponses à des crises. Même si Firestone a dû établir un système de gestion des incidents pour répondre aux cas d’Ébola dans la zone de la plantation, l’entreprise s’est appuyée sur un cadre de travail organisationnel préexistant et a été en mesure de réorienter les ressources existantes pour la réponse. Alors que les stratégies intégrées pour la gestion des cas d’Ébola et des contacts ont été réalisables chez Firestone, les capacités et les ressources nécessaires pour reproduire ces efforts sont souvent inexistantes ailleurs au Liberia, en particulier dans les zones rurales. Cela pourrait limiter la capacité à utiliser l’expérience de l’entreprise comme modèle à la réponse à Ébola.

Remerciements

Edmundo L. Garcia, Firestone Liberia, Inc. ; Don Darden, Bridgestone Americas, Inc. ; Steve Bullard, JD, Programmes de recherche géospatiale, analyse et services, CDC.


1Service d’investigation des épidémies, CDC ; 2Services de santé de Firestone, Firestone Liberia, Inc. ; 3Épidémiologiste de terrain, CDC ; 4Division de la protection de santé mondiale – Kenya, CDC (auteur correspondant : Erik J. Reaves, ereaves@cdc.gov, 404-639-5309)

Références

  1. Sterk E. Filovirus haemorrhagic fever guidelines. Médecins Sans Frontières; 2008. Available at http://www.slamviweb.org/es/ebola/fhffinal.pdf Fichier PDF AdobeIcône du site web externe.
  2. Siegel JD, Rhinehart E, Jackson M, Chiarello L. 2007 guideline for isolation precautions: preventing transmission of infectious agents in health care settings. Am J Infect Control 2007;35:S65–164.
  3. Meltzer MI, Atkins CY, Santibanez S, et al. Estimating the future number of cases in the Ebola epidemic—Liberia and Sierra Leone, 2014–2015. MMWR 2014;63(Supp No. 3).

* Les symptômes comprenaient des maux de tête, des nausées, des vomissements, des diarrhées, une fatigue intense, des douleurs abdominales, des douleurs musculaires ou articulaires généralisées, des problèmes de déglutition, des difficultés pour respirer ou le hoquet.

 Les signes d’hémorragie étaient définis comme étant : épistaxis, injection conjonctivale, pétéchies, hématémèse, hématochézie ou méléna.

§ Un contact était défini comme une personne qui ne présentait aucun symptôme et qui avait eu un contact physique avec un patient atteint d’Ébola ou avec les fluides corporels d’un patient atteint d’Ébola au cours des 21 derniers jours. Le contact physique pouvait être prouvé ou fortement suspecté, comme par le fait d’avoir partagé la même chambre ou le même lit, d’avoir soigné un patient, d’avoir touché des fluides corporels ou d’avoir participé activement à un enterrement (contact physique avec le corps, par exemple).

 Une exposition à haut risque était définie comme étant une exposition percutanée ou avec des muqueuses, ou un contact cutané direct avec du sang ou des fluides corporels d’un patient atteint d’Ébola ou du corps d’un malade décédé au Liberia, sans avoir porté d’équipement de protection individuelle adapté.

** Une exposition à faible risque était définie comme étant un contact au sein du foyer qui n’impliquait pas la fourniture de soins à un patient atteint d’Ébola ni un contact étroit avec un patient atteint d’Ébola dans des établissements de santé ou au sein de la communauté, qui n’était pas caractérisé par ailleurs comme étant une exposition à haut risque.


Que sait-on déjà sur ce sujet ?

Actuellement, le Liberia compte le nombre le plus élevé de cas de maladie à virus Ébola (Ébola) signalés en Afrique de l’Ouest, avec un nombre de cas qui augmente rapidement, ce qui limite les efforts d’utilisation des mesures standard de contrôle de l’épidémie d’Ébola.

Que rajoute ce rapport ?

Firestone Liberia, Inc. a mis en œuvre plusieurs éléments uniques de procédures de contrôle d’Ébola pour la reconnaissance et l’isolement précoces des patients atteints d’Ébola, notamment la gestion des contacts de patients atteints d’Ébola selon leur niveau d’exposition et la réintégration dans la communauté des patients convalescents. Entre le 1er août et le 23 septembre, 71 cas d’Ébola ont été diagnostiqués parmi la population des quelque 80 000 Libériens à qui Firestone fournit des soins de santé (incidence cumulée = 0,09 %). Parmi les 71 cas, 57 (80 %) étaient des cas confirmés en laboratoire et 39 de ces cas ont eu une issue fatale (taux de mortalité = 68 %).

Quelles sont les implications pour la pratique de santé publique ?

Certains éléments de la réponse de Firestone à l’épidémie d’Ébola actuelle semblent avoir limité la propagation du virus parmi la population locale et pourraient être mis en place avec succès ailleurs. L’expérience de Firestone au Liberia pourrait aussi fournir des stratégies efficaces pour interrompre la transmission d’Ébola, en particulier la transmission aux membres du personnel soignant.


FIGURE 1. Carte de la plantation d’hévéas de Firestone, montrant à quel endroit se situent l’unité de traitement d’Ébola et les centres de quarantaine – District de Firestone, comté de Margibi, Liberia, 1er août – 23 septembre 2014.

La figure ci-dessus est une carte de la plantation d’hévéas de Firestone, montrant à quel endroit se situent l’unité de traitement d’Ébola et les centres de quarantaine dans le comté de Margibi, Liberia, 1er août – 23 septembre 2014.

Texte alternatif : La figure ci-dessus est une carte de la plantation d’hévéas de Firestone, montrant à quel endroit se situent l’unité de traitement d’Ébola et les centres de quarantaine dans le comté de Margibi, Liberia, 1er août – 23 septembre 2014.


FIGURE 2. Organigramme du groupe de réponse à l’épidémie d’Ébola des services de santé de Firestone

La figure ci-dessus est un organigramme du groupe de réponse à l’épidémie d’Ébola des services de santé de Firestone. Le 31 mars 2014, suite au rapport du premier cas d’Ébola diagnostiqué dans la plantation Firestone, l’entreprise a établi un système de gestion des incidents afin de coordonner une réponse exhaustive à l’épidémie, en utilisant le cadre de travail organisationnel de l’entreprise au Liberia.

Texte alternatif : La figure ci-dessus est un organigramme du groupe de réponse à l’épidémie d’Ébola des services de santé de Firestone. Le 31 mars 2014, suite au rapport du premier cas d’Ébola diagnostiqué dans la plantation Firestone, l’entreprise a établi un système de gestion des incidents afin de coordonner une réponse exhaustive à l’épidémie, en utilisant le cadre de travail organisationnel de l’entreprise au Liberia.


FIGURE 3. Plan au sol de l’unité de traitement d’Ébola – District de Firestone, Comté de Margibi, Liberia, 2014

La figure ci-dessus est un plan au sol de l’unité de traitement d’Ébola (ETU) de Firestone dans le comté de Margibi, au Liberia, en 2014. Firestone a mis en œuvre des modifications administratives et environnementales pour convertir une clinique de soins de santé en ambulatoire séparée de l’hôpital principal pour satisfaire aux normes de contrôle de l’infection d’une ETU suivant les directives développées par Médecins Sans Frontières.

Abréviations : S = suspecté ; P = probable ; C = confirmé ; SB = salle de bain ; PD = pédiluve ; SLM = station de décont. par lavage des mains ; EPI = équipement de protection individuelle ;
Décont. = décontamination.

Texte alternatif : La figure ci-dessus est un plan au sol de l’unité de traitement d’Ébola (ETU) de Firestone dans le comté de Margibi, au Liberia, en 2014. Firestone a mis en œuvre des modifications administratives et environnementales pour convertir une clinique de soins de santé en ambulatoire séparée de l’hôpital principal pour satisfaire aux normes de contrôle de l’infection d’une ETU suivant les directives développées par Médecins Sans Frontières.



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