Rapport hebdomadaire sur la morbidité et la mortalité (Morbidity and Mortality Weekly Report, MMWR) :
Importation et confinement de la maladie à virus Ébola — Sénégal, août-septembre 2014
Le 30 septembre 2014, ce rapport a été posté en tant que publication anticipée du rapport hebdomadaire sur la morbidité et la mortalité (MMWR) sur le site Web MMWR (http://www.cdc.gov/mmwr).
, PhD1,2, , MD3, , MD4 (Les affiliations des auteurs figurent à la fin du texte)
Le 29 août 2014, le Sénégal a confirmé son premier cas de maladie à virus Ébola (Ébola) chez un homme guinéen âgé de 21 ans qui avait voyagé à la mi-août de Guinée jusqu’à Dakar, au Sénégal, pour rendre visite à sa famille. Le personnel médical et de santé publique sénégalais a été alerté à propos de ce patient après que le personnel de santé publique en Guinée ait contacté sa famille au Sénégal le 27 août. Le patient a été admis dans un hôpital vers lequel sont orientés les malades au Sénégal le 26 août. Il a été promptement isolé, et un échantillon de son sang a été envoyé au laboratoire pour confirmation ; la maladie à virus Ébola a été confirmée par transcription inverse suivie d’une réaction en chaîne par polymérase à l’Institut Pasteur de Dakar le 29 août. La mère et la sœur du patient avaient été admises dans une unité de traitement de la maladie à virus Ébola en Guinée le 26 août, où elles ont donné le nom du patient comme contact et signalé son récent voyage au Sénégal. Le virus Ébola a probablement été transmis à la famille par le frère du patient, qui avait voyagé par voie terrestre depuis la Sierra Leone jusqu’en Guinée début août à la recherche d’un traitement auprès d’un guérisseur traditionnel. Le frère est décédé en Guinée le 10 août ; les membres de la famille, dont le patient, ont participé à la préparation du corps pour l’enterrement.
Bien que les détails concernant les délais de la progression de la maladie obtenus grâce à des entretiens avec le patient et sa famille ne soient pas cohérents, les meilleures informations suggèrent que le patient est arrivé au Sénégal dans un taxi transportant sept personnes le 14 août ou aux alentours de cette date, et a commencé à développer de la fièvre, de la diarrhée et des vomissements le 16 août. Il s’est initialement orienté vers un poste de santé du voisinage pour obtenir des soins le 18 août ou aux alentours de cette date, où il a continué à être suivi en ambulatoire jusqu’au 25 août. Pendant cette période, il a reçu des solutés par voie intraveineuse et un autre traitement symptomatique. Le 26 août, il a été admis à l’hôpital universitaire Fann, un hôpital de soins tertiaires à Dakar. Le patient n’a pas révélé d’antécédents de voyage ni de contact avec des patients atteints par le virus Ébola.
Avant cette apparition du premier cas d’Ébola confirmé au Sénégal, le ministère de la Santé sénégalais s’était préparé à l’éventuelle introduction d’un cas importé. Une formation du personnel soignant avait été menée sur le virus Ébola et le contrôle de l’infection, les analyses de laboratoire, les enquêtes de cas et la recherche des contacts, avec un comité de supervision organisé pour la réponse. Au total, 67 contacts du patient ont été initialement identifiés : 34 résidents de la maison dans laquelle le patient séjournait et 33 professionnels de santé. En raison de l’incertitude concernant le calendrier de la survenue de la maladie chez le patient, tous les contacts ont été soumis à une période de surveillance de 21 jours à partir du 29 août. Il a été demandé aux contacts de se soumettre à une quarantaine volontaire à domicile et d’être vus en consultation deux fois par jour par des volontaires de la Croix-Rouge mobilisés en qualité de surveillants des contacts. Leurs symptômes et leur température ont été enregistrés deux fois par jour. Les contacts du foyer ont reçu de la nourriture.
Le premier jour de la surveillance, 51 % des contacts ont été vus en consultation ; cette proportion a augmenté jusqu’à plus de 90 % au 5e jour. Les contacts membres du foyer se sont conformés à la surveillance tout au long de la période de quarantaine, mais certains contacts professionnels de santé se sont opposés à la surveillance par les volontaires de la Croix-Rouge. Les discussions menées avec les contacts professionnels de santé ont laissé entendre que certains d’entre eux se sont opposés à la surveillance en personne de leur température par les volontaires de la Croix-Rouge. Des solutions alternatives ont été recherchées, et la surveillance a été réaffectée au personnel de l’hôpital universitaire Fann pour les contacts professionnels de santé réticents, ce qui a eu pour résultat d’obtenir une meilleure observance. Le 13e jour de suivi, sept professionnels exposés supplémentaires de l’hôpital universitaire Fann se sont auto-identifiés lors de la formation sur le contrôle de l’infection, et ils se sont volontairement soumis à une restriction des déplacements et à une surveillance de leur température jusqu’au 21e jour suivant l’exposition. Au cours de la surveillance, quatre contacts ont développé des symptômes transitoires suggérant une contamination par le virus Ébola, mais la maladie à virus Ébola a été exclue par des analyses de laboratoire. L’ensemble des 67 contacts a achevé la période de suivi de 21 jours le 18 septembre sans autre cas confirmé de maladie à virus Ébola. Le patient s’est rétabli et a été libéré de son isolement le 19 septembre. Avant la confirmation de ce cas et durant le suivi de ses contacts, plusieurs cas suspectés non liés ont été identifiés, analysés et se sont révélés être négatifs.
Le fait que le personnel de santé au Sénégal ait été rapidement avisé du cas par le personnel de santé en Guinée et les préparations précoces mises en œuvre par le ministère de la Santé et ses partenaires au Sénégal pour les cas de maladie à virus Ébola importés au Sénégal anticipés ont entraîné une rapide réponse de confinement. Le signalement rapide par l’intermédiaire d’une collaboration entre agences en Guinée a été essentiel dans ce cas, car le patient n’avait pas signalé de voyage récent ni de contact avec un patient atteint par le virus Ébola. Une structure de contrôle des incidents est adoptée par le ministère de la Santé sénégalais afin de se préparer à la survenue d’autres cas, et les systèmes de surveillance continuent à être renforcés.
L’épidémie actuelle d’Ébola en Afrique de l’Ouest est sans précédent. Au 23 septembre 2014, l’Organisation mondiale de la Santé rapportait 6 574 cas, dont 3 091 décès (1). Actuellement, l’épidémie affecte principalement la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone ; toutefois, le commerce actif et la facilité des déplacements à travers l’Afrique de l’Ouest placent les pays voisins à risque d’importation du virus Ébola. Le Nigeria a rapporté son premier cas d’Ébola en juillet (2), et le Sénégal a été le cinquième pays d’Afrique de l’Ouest à être affecté.
Le virus Ébola représente une grave menace pour l’Afrique de l’Ouest, en particulier pour les pays frontaliers des zones lourdement affectées. Même s’il existe des systèmes en place pour le dépistage sanitaire dans les aéroports internationaux des pays affectés par le virus Ébola, les traversées des frontières par voie terrestre ne fournissent pas les mêmes points de départ et d’entrée limités ni les possibilités associées de dépistage sanitaire. Il est urgent de mettre en place un cadre de travail pour l’identification et le confinement rapides des malades atteints par le virus Ébola dans tous les pays d’Afrique de l’Ouest, y compris un système puissant pour la communication transfrontalière. Des difficultés liées à la coordination et l’instauration de politiques et procédures sont susceptibles de se produire et cela nécessite de mettre en œuvre une planification minutieuse et des mesures de dépannage rapide. Afin de se préparer à une éventuelle importation de virus Ébola, il est important que les pays frontaliers disposent d’un système de surveillance actif des soins médicaux pour la maladie à virus Ébola et établissent une structure de contrôle des incidents qui soit prête à être activée en cas de besoin. Il est important pour les pays voisins d’anticiper les cas importés et de définir le succès par le confinement plutôt que par l’exclusion de cas importés de maladie à virus Ébola.
Remerciements
Équipe chargée de la réponse : Benjamin A. Dahl, PhD5, Mary G. Reynolds, PhD6, Guénaël Rodier, MD7, Yaya Sanyang8, Florimond Tshioko, MD8, Zabulon Yoti, MD8, Institut Pasteur Dakar, Médecins sans frontières, ministère sénégalais de la Santé et de la Protection sociale, Société de la Croix-Rouge sénégalaise, Hôpital universitaire Fann.
1Service d’investigation des épidémies, CDC ; 2Division de la nutrition, l’activité physique, et l’obésité, Centre national pour la prévention des maladies chroniques et promotion de la santé, CDC ; 3Division des maladies parasitaires et du paludisme, Centre pour la santé globale, CDC ; 4ministère sénégalais de la Santé et de la Protection sociale ; 5Division de la vaccination globale, Centres pour la santé globale, CDC ;6Division des pathogènes aux conséquences importantes et de pathologie, Centre national d’étude des maladies zoonotiques émergentes et infectieuses, CDC ; 7Organisation mondiale de la Santé, Bureau régional pour l’Europe ; 8Organisation mondiale de la Santé, Bureau régional pour l’Afrique (Auteur correspondant : Kelsey Mirkovic, kmirkovic@cdc.gov, 770-488-5120)
Références
- CDC. 2014 Ebola outbreak in West Africa. Atlanta, GA: US Department of Health and Human Services, CDC; 2014. Available at http://www.cdc.gov/vhf/ebola/outbreaks/guinea/index.html.
- Shuaib F, Gunnala R, Musa EO, et al. Ebola virus disease outbreak—Nigeria, July–September 2014. MMWR 2014;63:1–6.
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